Le Nord-Est est le pays de la rive gauche du fleuve Rouge : Hà Giang, Cao Bằng, Bắc Kạn, Lạng Sơn, Tuyên Quang, Thái Nguyên et les provinces voisines. C’est la terre des Tày, des Nùng, des Dao, des Hmong, des Bố Y, des Lô Lô et des Giáy — et c’est là que Ha Giang Experts travaille chaque jour.
La littérature du Nord-Est diffère de celle du Nord-Ouest sur un point essentiel : la plupart de ses œuvres majeures ont été écrites par des gens de la région elle-même, et non par des auteurs de la plaine venus regarder puis raconter. C’est pourquoi elle mérite sa propre page.
Đỗ Bích Thúy — écrire Hà Giang de l’intérieur
Si vous ne devez lire qu’un auteur avant un voyage à Hà Giang, lisez Đỗ Bích Thúy. Née et élevée à Hà Giang, elle ne décrit pas le plateau karstique comme un paysage vu depuis un véhicule.
Sa nouvelle La guimbarde derrière le mur de pierres — portée à l’écran sous le titre L’Histoire de Pao — raconte une histoire de famille hmong où tout ce qui compte se joue derrière un muret de pierres sèches et où personne ne le dit à voix haute. Ses livres suivants, dont Silence au-dessus du gouffre et Le Maître de la terre, abordent frontalement ce que le tourisme évite : l’enlèvement de l’épouse, le pouvoir au sein du village, la condition des femmes qui vivent au milieu de la roche.
Lisez-la, puis traversez Sủng Là : vous ne regarderez plus un mur de pierres sèches de la même manière.
Cao Duy Sơn — Cao Bằng et ses bourgs frontaliers
Cao Duy Sơn est un écrivain tày de Cao Bằng. Il décrit les petites villes de la frontière avec lenteur et sans effet dramatique, au plus près du rythme réel de la vie plutôt que d’une idée romantique de la montagne. Son recueil La Vieille Maison au bord du ruisseau a reçu le prix littéraire de l’ASEAN. Si votre itinéraire traverse Cao Bằng — Bảo Lạc, Bảo Lâm, les chutes de Bản Giốc — c’est le conteur de ce pays-là.
Trois poètes tày que tous les Vietnamiens ont étudiés à l’école
- Y Phương (Cao Bằng) — le poème Parler à mon fils, un père disant à son enfant d’où il vient. Il figure au programme scolaire et reste sans doute le poème d’un auteur issu d’une minorité le plus lu au Vietnam.
- Nông Quốc Chấn (Bắc Kạn) — Le Retour au village, sur le jour où les habitants sont rentrés après la guerre. Il fut l’un des premiers poètes issus des minorités à écrire à la fois en tày et en vietnamien.
- Vi Hồng (Thái Nguyên) — romancier de la vie tày, et l’un des auteurs qui ont ouvert la voie à la prose des minorités.
« Việt Bắc »
Le poème Việt Bắc de Tố Hữu, écrit en 1954, évoque la zone de base de la résistance couvrant Cao Bằng, Bắc Kạn, Lạng Sơn, Hà Giang, Tuyên Quang et Thái Nguyên. Pour un lecteur vietnamien, ces deux mots portent presque toute l’image de la région : montagnes, brume, palmeraies, collines de thé et une séparation. Pour comprendre pourquoi les Vietnamiens parlent du Nord-Est sur ce ton nostalgique, c’est par là qu’il faut commencer.
La littérature qui n’a jamais été imprimée
- Les récits versifiés tày en écriture nôm — longues histoires d’amour et de destin, recopiées à la main et encore conservées dans des coffres de famille à Cao Bằng et Lạng Sơn.
- Les livres dao en nôm dao — livres rituels, livres de remèdes et manuels d’apprentissage, transmis dans la lignée. Certaines familles de Hà Giang en conservent une malle entière.
- « Chants de la jeune épouse » — l’ensemble des chants hmong sur le sort d’une fille mariée dans une autre famille ; l’une des voix les plus tristes et les plus vraies de la littérature orale des hautes terres.
- Lượn, sli et cọi — les formes alternées des Tày et des Nùng : musique et poésie improvisée à la fois.
Ceux qui écrivent aujourd’hui
À Hà Giang et dans les provinces voisines, des poètes et romanciers tày, hmong et dao écrivent et publient toujours — à petite échelle le plus souvent, mais c’est une voix sans intermédiaire. Si vous lisez le vietnamien et disposez de temps dans la ville de Hà Giang, la librairie provinciale mérite bien plus une visite que le comptoir à souvenirs.
Que lire avant de monter sur le plateau
Un recueil de nouvelles de Đỗ Bích Thúy, le poème Parler à mon fils de Y Phương, et, si vous avez le temps, un récit de Cao Duy Sơn. Cela suffit à ne plus voir le plateau karstique comme un décor de photographie.
Les traductions françaises sont rares ; demandez-nous avant le départ ce qui existe réellement. Pour la littérature du Nord-Ouest — Sơn La, Diên Biên, Lai Châu, Hòa Bình — nous avons une page distincte.
