La tour de Lũng Cú et le palais des Vương

Ces deux sites sont distants de moins de vingt kilomètres sur la même route, et l’on ne comprend vraiment ni l’un ni l’autre sans avoir vu les deux. Le premier est une frontière nationale. Le second raconte la famille qui a jadis gouverné ce pays frontalier.

La tour du drapeau de Lũng Cú

La tour se dresse au sommet de la montagne du Dragon, commune de Lũng Cú, district de Đồng Văn, à environ 1 470 mètres d’altitude. Le drapeau qui la surmonte mesure 54 mètres carrés — un chiffre choisi pour les 54 groupes ethniques du Vietnam. La tour actuelle a été reconstruite et inaugurée en 2010, à l’emplacement d’un mât bien plus ancien.

Depuis le pied de la colline, un long escalier mène au sommet, puis un escalier en colimaçon à l’intérieur du fût conduit à la plateforme. Rien de dangereux, mais à cette altitude et dans le vent, qui marche peu soufflera fort. Laissez les sacs lourds sur la moto.

Ce que la documentation touristique dit rarement : la tour ne se trouve pas sur le point le plus septentrional du Vietnam. Le véritable point extrême est à quelques kilomètres plus au nord, sur la rive de la rivière Nho Quế, et aucune route touristique n’y mène. La tour est le symbole de la pointe nord du pays, non la pointe elle-même. Nous le disons à tous nos groupes : cela n’enlève rien au voyage.

De la plateforme, on domine deux petits lacs au pied de la colline que les habitants appellent les yeux du dragon, et au-delà la frontière qui court entre les crêtes rocheuses. Le petit matin est généralement le plus clair ; à partir de midi la brume s’installe souvent.

Le palais de la famille Vương

Non loin de Lũng Cú, à Sà Phìn, se dresse la résidence de la famille Vương — que l’on appelle couramment le palais du roi des Hmong. Elle fut construite pour Vương Chính Đức, qui dirigeait le plateau karstique au début du XXe siècle. Le chantier dura des années, engloutit une quantité considérable d’argent métal, et les artisans furent amenés d’ailleurs.

L’architecture est un mélange rare : un plan chinois à deux cours intérieures et tuiles yin-yang, des motifs décoratifs hmong, et quelques éléments occidentaux. La maison est bâtie en bois de pơ mu et en pierre verte taillée à la main ; on raconte que les bases de colonnes furent polies avec des pièces d’argent. Tout autour se dressent de hauts conifères sa mộc, plantés à la fois comme écran et comme démonstration de rang.

Le palais est classé monument national d’architecture et d’art. Des descendants de la famille Vương y restent attachés : circulez-y et photographiez-y avec la retenue que l’on aurait chez quelqu’un.

Pourquoi les voir tous les deux dans la même matinée

La tour parle de la frontière telle qu’elle est aujourd’hui. Le palais parle de la manière dont ce pays frontalier était gouverné avant que cette ligne n’existe : par l’opium, par les arrangements avec les Français et avec les puissances de l’autre côté, et par l’autorité au sein de la communauté hmong. Aller du palais à la tour en une matinée, c’est traverser cent ans d’histoire du plateau.

Informations pratiques

  • Billets : les deux sites sont payants. Les tarifs changent d’une année à l’autre ; nous n’en donnons donc pas ici.
  • Durée : 45 à 60 minutes sur chaque site sans se presser ; davantage à la tour si vous montez lentement.
  • Zone frontalière : Lũng Cú est tout près de la frontière. Les visiteurs étrangers doivent avoir leur passeport, et certaines activités dans cette zone exigent une inscription préalable, dont nous nous chargeons avant le départ.
  • Drones : les zones frontalières ont leurs propres règles. Ne volez pas sans demander.
  • Saison : d’octobre à avril, temps sec et clair. En novembre, les fleurs de sarrasin couvrent les champs autour de Sà Phìn.

Les deux sites se trouvent sur la nationale 4C et figurent dans la plupart de nos itinéraires à Hà Giang.