Le Nord-Ouest en littérature

Par Tây Bắc — le Nord-Ouest — nous entendons ce que les Vietnamiens entendent d’ordinaire : Hòa Bình, Sơn La, Diên Biên, Lai Châu, Yên Bái et Lào Cai, le pays de la rive droite du fleuve Rouge, avec la rivière Đà, la chaîne du Hoàng Liên Sơn et la cuvette de Mường Thanh. Hà Giang, Cao Bằng, Bắc Kạn et Lạng Sơn appartiennent au Nord-Est et possèdent leur propre littérature ; nous lui consacrons une autre page.

Ceci n’est pas une bibliographie. Ce sont les livres dont nos guides parlent en traversant Sơn La, Diên Biên ou Lai Châu, et les raisons de les lire avant de venir.

« Tây Tiến » — le poème qui a donné son nom à une région dans la mémoire vietnamienne

Quang Dũng écrit Tây Tiến en 1948, en se souvenant du régiment auquel il avait appartenu, qui traversait les montagnes de Hòa Bình et de Sơn La jusqu’au Laos. Le poème construit un Nord-Ouest de brume, de pentes, de pluie de forêt et de fièvres, vu avec un romantisme si puissant que des générations d’écoliers vietnamiens l’ont su par cœur avant d’avoir vu une vraie montagne.

Si vous roulez sur l’itinéraire Mộc Châu – Sông Mã – Sốp Cộp, vous traversez exactement le pays de ce poème.

Tô Hoài et les « Récits du Nord-Ouest »

Le recueil Récits du Nord-Ouest, publié au début des années 1950, contient Un couple, A Phủ et Mị, Mường Giơn et Sauver la terre. Le plus connu se déroule à Hồng Ngài — un lieu réel du district de Bắc Yên, à Sơn La, juste sous la crête de Tà Xùa que les motards escaladent aujourd’hui pour s’asseoir au-dessus des nuages. La question posée par ce récit garde toute sa force quand on traverse les villages : qu’est-ce qui retient un être humain là où il ne veut pas rester ?

Nguyễn Tuân et la rivière Đà

Le Passeur de la rivière Đà, tiré du recueil Sông Đà (1960), est d’une tout autre nature : d’une précision presque technique, il lit la rivière comme on lit un adversaire, tourbillon après tourbillon. La plupart des rapides qu’il décrit reposent aujourd’hui sous les retenues des barrages de Hòa Bình et de Sơn La. Relire ce texte au bord de cette eau plate est une expérience étrange : vous regardez une rivière modifiée pour toujours, par les yeux d’un homme qui l’a connue sauvage.

Chế Lan Viên, Nguyễn Huy Thiệp, Ma Văn Kháng

Le Chant du train de Chế Lan Viên consigne l’état d’esprit d’une époque : monter au Nord-Ouest comme on va vers plus grand que soi. Trente ans plus tard, Nguyễn Huy Thiệp écrit Les Vents de Hua Tát — dix nouvelles en forme de contes, situées dans un village thaï de Sơn La — d’une voix nettement plus froide et plus cruelle que celle de ses aînés.

Ma Văn Kháng, lui, a vécu et enseigné plus de vingt ans à Lào Cai avant d’écrire Pièces d’argent et Le Pays frontalier. C’est l’écriture de celui qui est resté, non de celui qui passe.

Sa Pa et une nouvelle que tout le monde a étudiée

Sa Pa silencieuse de Nguyễn Thành Long, écrite après un voyage à Lào Cai au début des années 1970, raconte un jeune météorologue vivant seul au sommet d’une montagne. Si vous montez aujourd’hui à Sa Pa et trouvez une ville bondée, souvenez-vous qu’il y a cinquante ans le silence y était assez grand pour devenir un titre.

La littérature des peuples du Nord-Ouest

Bien avant qu’on écrive en vietnamien sur cette région, ses peuples avaient leur propre littérature, bien plus vaste que ne l’imaginent la plupart des visiteurs.

  • « Xống chụ xon xao » (Adieu, mon amour) — long récit versifié thaï sur un couple séparé de force. C’est l’une des grandes œuvres de la littérature des minorités du Vietnam, écrite en ancienne écriture thaïe et transmise depuis des siècles.
  • « Táy pú xấc » — le livre thaï de la fondation des villages et des principautés : littérature et histoire à la fois.
  • « Naissance de la terre et de l’eau » — l’épopée des Mường de Hòa Bình, récit de la création du monde, psalmodié lors des funérailles et pouvant durer plusieurs nuits.

Les Thaï possèdent leur écriture et une tradition de livres copiés à la main. Au musée provincial de Sơn La ou de Diên Biên, cherchez la vitrine des manuscrits en ancien thaï : elle en dit plus que n’importe quelle photo de paysage.

Le poète du « Chant d’amour du Nord-Ouest »

La chanson que vous entendrez dans tous les restaurants de la nationale 6 fut d’abord un poème de Cầm Giang, écrivain qui passa une grande partie de sa vie parmi les Thaï, mis en musique ensuite par Bùi Đức Hạnh. Les poèmes de Cầm Giang comptent parmi les premiers ponts entre la sensibilité thaïe et la langue vietnamienne.

Que lire avant de partir

Si vous avez une semaine : le poème Tây Tiến, la nouvelle Un couple, A Phủ et Mị, et quelques contes de Hua Tát. Cela suffit à ne plus voir le Nord-Ouest comme un décor de photographie. Nos guides fournissent le reste sur la route, entre deux cols. Les traductions françaises sont rares et inégales — demandez-nous avant le départ ce qui existe réellement dans votre langue.